09/05/2013
Comment faire reculer la malnutrition
Malgré les objectifs du millénaire, la malnutrition est toujours très répandue et c'est un frein énorme au développement. Les familles pratiquant une agriculture vivrière au Sud forme la majorité des malnutris. Entre distribution d'aliments nutritionnels, soutien à une agriculture diversifiée et nutritive et alliance entre actions de développement agricole et de santé, quelles approches privilégier pour un impact important et durable?
16:21 Publié dans développement durable, developpement international, Humanitaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : malnutrition, micronutriment, petite agriculture, scale up nutrition, malnutrition infantile, shouhardo, nutriset, icrisat, avrdc, 1000 jours, émancipation des femmes, kitchen garden, africa rising, moringa, biofortification, recette nutritionnelle
23/04/2013
Quelle approche de gestion intégrée et communautaire des ressources en eau : exemple Indien
Discussions tendues pour le partage de l’eau
En ce moment, l’Ouest de l’Inde subit sa plus grande sécheresse depuis 40 ans. Devant la pénurie et les sécheresses à répétition, est évoqué le réchauffement climatique quand on ne veut voir plus précisément les enjeux. Il y a aussi les variations année après année des quantités de pluie. Cela devient une généralité, l’eau commence à manquer en Inde comme dans beaucoup de régions et chacun veut sa part : paysan, citadin, industriel, secteur du tourisme et des loisirs, et dernière roue du carrosse, les associations environnementales qui plaident pour les besoins des écosystèmes. L’agriculture est le principal utilisateur (plus de 70% des usages en moyenne), mais l’industrie, et les centres urbains grandissant veulent une part grandissante. Il y a bien des stratégies pour une agriculture plus économe en eau, mais il semble bien difficile d’accorder ses violons entre usagers. Chaque secteur défend ses besoins, et écoute difficilement le point de vue des autres.
Un point sur lequel il y a consensus, c’est la pertinence de discuter du partage de l’eau, bien commun, à l’échelle du bassin versant. Le bassin versant, c’est un territoire qui draine toute l’eau qui tombe vers un exutoire commun, soit un cours d’eau plus important, un lac ou la mer. Il y a différentes échelles.
A l’échelle macro, il peut y avoir des enjeux régionaux de partage des eaux entre Etats, comme pour le « château d’eau des Himalayas » disputé entre Inde, Chine et petits pays périphériques, chacun voulant construire barrages et canaux de diversion pour s’assurer la meilleure part des flux d’eau pour alimenter les mégalopoles en aval.
Mais il y a aussi des discussions tendues entre Etats Indiens comme entre le Karnataka (région de Bangalore la capitale des T.I.C.) et le Tamil Nadu [le partage de l’eau de la rivière Kaveri qui coule de Mysore – Etat de Karnataka- vers le Tamil Nadu est disputé depuis le 19ème siècle. Un tribunal national annonce en 2007 après 16 ans de délibérations un partage du flux entre les 2 Etats – plus une partie mineure au Kérala et Pondicherry ; cette décision entraîne d’autres disputes entre les 2 Etats – plainte de pollution en aval, et besoin crucial d’eau en tant de sécheresse entre autres arguments- pour finalement voir le gouvernement central intervenir et valider une allocation de 60% pour le Tamil Nadu et 40% pour le Karnataka].
A la lecture du cas Cauveri, on comprend la pertinence du choix par les Nations Unies de proclamer 2013 l’année internationale de la coopération autour de l’eau. Comment partager de manière équitable et écologique un bien commun, l’eau, entre différents besoins croissants : production agricole, énergie, besoins industriels, urbains, domestiques ? La coopération entre usagers est essentiel et un vecteur de paix. Mais cela est loin d’être simple. En septembre prochain, à la semaine de l’eau à Stockholm, évènement annuel des parties prenantes du secteur de l’eau, seront posées les questions suivantes : pourquoi doit-on coopérer, sur quoi, dans quel but, à quel niveau, avec qui et comment ?
Débattre des usages à l’échelle du bassin versant
Cette nécessité de coopération entre usagers de l’eau existe aussi à un niveau plus local, à l’échelle d’une communauté, un groupement de villages vivant dans le même « micro » bassin versant.
Comment faire pour améliorer l’accès à l’eau et une gestion plus responsable des ressources en eau dans les communautés rurales pauvres en zone aride ? L’eau est un bien public qui n’a pas de frontière, et qui nécessite une action collective. Dans ce contexte, il est important que la communauté toute entière vivant dans le bassin versant soit mobilisée, pour s’approprier toute initiative de gestion de l’eau. Le dialogue est facilité par le regard objectif et neutre des évidences scientifiques.
Un exemple, en Andhra Pradesh, Etat de l’Inde du Sud. Une région tropicale semi-aride avec une saison des pluies qui s’étale de début Juin à Septembre, suivie d’une longue période de ciel bleu sec entrecoupée de quelques maigres passages pluvieux en octobre – novembre. En ce moment, les paysans subissent leur quatrième année de sécheresse consécutive. Sachant qu’une bonne partie des petits paysans n’ont aucun moyen d’irriguer, l’eau (la rareté de l’eau) conditionne tout. C’est la cause principale de pauvreté, c’est aussi par l’eau que peut se développer une communauté rurale.
Voici un exemple concret de gestion communautaire durable de l’eau, problématique sur laquelle ICRISAT travaille depuis 40 ans, comme avec le modèle du bassin versant de Kothapally. Suhas Wani, chercheur principal d’ICRISAT sur ces questions vient de présenter les conclusions d’un projet débuté il y a 3 ans dans 4 villages près de Medak, une ville industrielle située à 50km d’Hyderabad la capitale d’Andhra Pradesh, grâce au soutien du brasseur SABMiller Inde, dans le cadre de leur politique de responsabilité sociétale.
La surface du projet couvre environ 3500 hectares répartis sur quatre villages : Fasalvadi, Shivampet, Venkatakishtapur and Chakriyal avec 1880 hectares d’agriculture pluviale (non irriguée) et 1035 hectares de terres irriguées.
2526 familles, comme celle sur cette photo, vivent sur ce bassin versant (un total de 12940 personnes) qui draine l’eau de la zone vers la rivière Manjira, tributaire de la rivière Godavari, le second plus long fleuve de l’Inde après le Gange et une des rivières sacrées selon les croyances Hindoues.
La population vit de l’agriculture, dans un paysage collinaire avec des pentes douces d’environ 2,5%. La pluviométrie annuelle est de 850mm avec des sols à grande capacité de rétention d’eau en général.
Quels objectifs, quels moyens d’y parvenir ?
L’objectif général du projet était d’augmenter les rendements agricoles, et les capacités de conservation d’eau et de sol, pour améliorer les revenus des familles paysannes.
De manière plus spécifique et chiffrée, il a été estimé que la capacité de rétention en eau de la zone a augmenté de plus de 30000m3 (1m3 = 1000 litres) amenant aussi une recharge de la nappe phréatique de 75000 m3 d’eau.
L’humidité du sol a augmenté de 10% pour les sols dits sombres (riches en matière organique) et 5% pour les sols rouges (à tendance latéritique).
Les rendements des cultures ont augmenté de 35% pour le pois chiche ; de 15% pour le riz ; de 12% pour le coton ; de 8% pour la canne à sucre.
ICRISAT a formé la population locale à la gestion intégrée des ressources naturelles et génétiques, combinant le choix de variétés améliorées plus productives et résistantes aux maladies et à la sécheresse, avec des techniques à bas coût de conservation de l’eau et du sol. Comme cela l’agriculture devient plus productive sans dégrader le sol et les ressources en eau
Les activités menées par le projet
- Fertiliser au plus juste en testant des échantillons de sol pour définir des recommandations de fertilisation en micronutriments (ex : zinc, boron, gypse) en fonction des cultures.
- Adopter des variétés améliorées à travers des tests de sélection variétale par les paysans eux-mêmes, notamment pour les cultures de pois chiche en saison sèche, culture légumineuse qui peut bien produire en exploitant l’humidité résiduelle.
- Mettre en place des talus pour lutter contre l’érosion et canaliser les eaux de ruissellement.
- Grâce à des gabions et diguettes empierrées, des rigoles de collecte d’eau de ruissellement sont consolidées pour remplir des bassins communautaires et aider à la recharge de la nappe phréatique.
- La plantation de teck et d’une légumineuse arbustive la Glyricidia renforcent les talus et fournit de la biomasse qui sert à nourrir le bétail ou regénèrer le sol par enfouissement des feuilles.
Générer des revenus pour les femmes en recyclant les sous-produits de la brasserie
Comme dit Dr Suhas Wani, responsable du projet, “les résultats atteints après 3 ans sont très encourageants grâce à la mobilisation de la communauté paysanne qui a vu le bénéfice que pouvait apporter cette série de mesures de gestion durable des ressources. Les rendements des cultures ont augmenté de 10 à 35%, et les revenus de 50 familles ayant du bétail ont augmenté de 25 lakh (environ 46000$)”.
Un aspect intéressant du projet illustre aussi l’approche de développement inclusif IMOD prôné par ICRISAT.
150 femmes issues de groupements d’épargne et d’initiatives entrepreneuriales (self-help groups) collectent en effet le sous-produit du malt d’une brasserie locale (Charminar Brewery) et le revendent comme aliment du bétail aux éleveurs laitiers des quatre villages. C’est une situation gagnant – gagnant car l’éleveur bénéficie d’une augmentation importante de la production de lait par vache (d’un litre à 3-5 litres par jour), tandis que les femmes ont généré un profit annuel de 120 000 roupies (environ 2200 US$).
Le profit moyen par femme ne semble pas énorme (800 roupies) mais si on prend en compte le salaire moyen en zone rurale cela représente plusieurs journées de travail rémunérées. Pour les fermes pratiquant une agriculture pluviale, la période sèche est souvent synonyme de chômage ou sous-emploi, et de migration vers les centres urbains, renforçant la marginalisation et la pauvreté (il y a notamment la déscolarisation des enfants). Pour améliorer les conditions de vie de ces populations agricoles, des initiatives de diversification des revenus comme cette vente de sous-produit de l’industrie brassicole sont donc à encourager.
Ce projet est aussi un exemple de partenariat intéressant avec le secteur privé agroalimentaire en Inde. SABMiller est par ailleurs partenaire d’un nouveau programme de recherche Europe – Inde, coordonné par ICRISAT pour l’Inde, Water4crops, qui a pour objectif de recycler les eaux usées de l’industrie agroalimentaire (eaux grises) pour un usage ultérieur agricole. Une autre façon de réduire les pressions d’usage des ressources en eau. Mais ceci est une autre histoire.
22:07 Publié dans développement durable, developpement international | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gestion de l'eau, icrisat, sabmiller, diversification, imod, water4crops, conservation de l'eau, fertilité du sol, micronutriment, légumineuses, bassin versant, gestion communautaire, kothapally, semaine de l'eau, sécheresse, conflit d'usage
08/04/2013
Comment les plus pauvres peuvent agir pour s'adapter contre le changement climatique
Le 9 Avril à 13h30 heure française Reuters Alertnet propose un débat en ligne sur le thème “crise climatique : comment les plus pauvres et les plus vulnérables peuvent agir pour s’adapter?”

Si on regarde la situation des petites fermes dans les régions arides comme le Sahel, régions déjà sujettes à de fréquentes sécheresses et autres aléas climatiques, voici quelques pistes de réflexion possibles.
Vulnérabilité de l'agriculture pluviale
La majorité des paysans pratiquent une agriculture pluviale (+ de 75% en Afrique Sub Saharienne). Ces fermes perdent souvent leurs récoltes car les pluies sont peu nombreuses ou ne tombent pas au bon moment. Avec le changement climatique, elles vont être encore plus vulnérables à cette variabilité, avec l’augmentation des fréquences de sécheresse et autre stress climatique.
2 approches peuvent améliorer leur résilience : faire pousser des cultures résistantes à la sécheresse ; disséminer à grande échelle des technologies appropriées d’irrigation.
Promouvoir une irrigation de petite échelle
Seulement 4% des terres arables en Afrique seraient irriguées. On a besoin de disséminer des technologies d’irrigation adaptées aux paysans pauvres. Lire mes posts sur le modèle d’IDEI pour distribuer des pompes à pédales ou des kits de goutte-à-goutte aux petits cultivateurs en Inde, et les exemples de diffusion en Afrique avec par exemple le Jardin Maraicher Africain développé par ICRISAT et AVRDC.
Beaucoup d’investissements en irrigation concernent des projets d’infrastructure à grande échelle qui souvent sont peu durables, ne touchent pas les plus pauvres et ont un impact environnemental négatif. Il faudrait réfléchir à un soutien adapté pour stimuler des entreprises sociales ou autres modèles de diffusion à grande échelle et durable de technologies appropriées d’irrigation auprès des populations rurales pauvres, notamment là où la vulnérabilité climatique est et sera la plus forte.
Encourager les cultures résilientes aux aléas climatiques
Comment promouvoir des cultures tolérantes à la sécheresse ou « climate smart » , comme remplacer le maïs par le sorgho ou le mil qui demandent moins d’eau ?
Cela a plusieurs dimensions comme le rôle des marchés agricoles, et mettre en place des systèmes semenciers adaptés aux paysans pauvres et introduisant des cultures traditionnelles comme mil, pois cajan, sorgho.
Lire l’article sur les petits paquets de semences, qui permettent aux paysans d’expérimenter, et aussi d’engager des entreprises pour avoir une stratégie Base de la Pyramide. Il faut des signes d’encouragement comme par exemple que les systèmes d’aide alimentaire achètent aussi en local, des cultures adaptées au climat sec, et pas seulement du blé ou du riz acheté au prix fort sur la place mondiale. Des programmes comme Purchase for Progress du Programme Alimentaire Mondial sont donc à encourager.
Il faut aussi regarder les facteurs sociaux pour comprendre pourquoi les gens adoptent ou non des cultures traditionnelles adaptées au climat. Un exemple que j’avais déjà décrit, le fonio, qui est le plus petit mil et le plus rapide à croître et donc à échapper à la sécheresse. Si on réduit la pénibilité de préparer cette céréale, les paysans reprennent la culture de cette culture nutritive et adaptée au climat aride et variable comme expliqué dans un post récent. Le rôle des femmes est important donc à considérer.
Pour une agriculture diversifiée et nutritive
Importance de la diversification des systèmes agricoles: la vulnérabilité climatique des paysans dépend aussi de leur passage d’une agriculture vivrière, par nature diversifiée, à un système de culture de rente comme le coton en Inde.
Beaucoup de politiques et programmes de développement agricole regardent à augmenter les opportunités de revenus pour les paysans pauvres, mais si ils changent de manière trop drastique leur système agricole au bénéfice des cultures commerciales, produisant moins de cultures vivrières pour leur autoconsommation, par exemple plus de coton, moins de mil éleusine, leur résilience aux chocs climatiques va diminuer.
Il serait bien de regarder le bénéfice de stratégies de diversification [voir par exemple le projet CODEWA, de l’Université d’Hohenheim et d’ICRISAT, qui regarde la diversité des cultures comme un moyen de s’adapter à la variabilité climatique au Sahel] ou la mise en place de microassurances agricoles pour les plus vulnérables.
Santé du sol, eau conservée = meilleure résilience
La santé du sol et la gestion durable de l’eau sont deux composantes importantes pour augmenter la résilience des paysans à un climat plus sec.
Cela peut être d’augmenter la capacité de rétention en eau du sol avec des techniques agroécologiques comme le vermicompost, mettre en place des infrastructures de récolte d’eau de pluie et de recharge de la nappe phréatique [lire article sur le modèle de gestion communautaire de l’eau de Kothapally ] ou
s’assurer d’une fertilisation optimale notamment en micronutriments comme dans l’initiative Bhoo Chetana dans l’Etat de Karnataka.
Comment promouvoir un effort collectif sans résultat immédiat
Une étude en 2011 d’ICRISAT et du Centre de Résilience de Stockholm avait démontré qu’après plus de 30 ans de gestion communautaire de l’eau à l’échelle du bassin versant de Kothapally le ruissellement de l’eau avait diminué de moitié, et la recharge en eau de la nappe avait doublé. Ce qui permet aux paysans de pratiquer plus d’agriculture même en saison sèche.
Il serait intéressant de voir comment ces expériences en Inde peuvent être transférées en Afrique? Est-ce que ces approches sont pertinentes, et comment fait-on?
Des techniques de récolte d’eau de pluie et de conservation de l’eau demandent des efforts collectifs (comme par exemple construire des barrages et diguettes pour canaliser l’eau de ruissellement), mais l’impact ne se verra que des années plus tard. Comment convaincre les communautés pauvres que cela les aidera à être plus à même de s’adapter à un climat plus sec, plus variable?
La question du foncier
Aussi, le statut de propriété foncière peut être une problématique importante dans la promotion de pratiques agricoles durables. Beaucoup des paysans les plus pauvres ne possèdent pas leurs terres donc ils ne sont pas motivés forcément à améliorer le sol. Il nous faut donc des stratégies pour encourager les efforts de conservation de l’eau sur de telles fermes.
Un bon exemple c’est sur le bassin versant du lac Fuquene en Colombie. Le Programme Eau et Alimentation du CGIAR a étudié la mise en place d’un fonds pour délivrer des crédits d’investissement aux paysans sous condition qu’ils pratiquent l’agriculture de conservation. Lire le cas d’étude ici qui permet de comprendre comment la technique d'agriculture de conservation est adoptée par les paysans, permettant une situation gagnant-gagnant pour les paysans et l'environnement
Un autre exemple qui permet aux femmes de produire sur des terres dégradées et un climat aride et variable est le système de biorécupération de terres dégradées. L'accès à la terre pour les femmes est souvent difficile. Les groupements de femme suivis ont eu à disposition des communs, parmi les terres les plus pauvres de la communauté. Par un mélange de technique de conservation du sol et de l’eau comme ces cuvettes zaï qui retiennent l’humidité aux pieds des plantes, et de diversification des cultures, elles ont pu produire rapidement une récolte satisfaisante qui a amélioré d'autant la nutrition des enfants, et revalorisé le rôle des femmes.
Echange d'expériences entre communautés pour une adaptation au climat futur
Promouvoir les échanges d’expérience entre communautés paysannes pour une meilleure adaptation des climats futurs. Des paysans peuvent expérimenter leur « climat futur » en échangeant avec des sites analogues, ayant mêmes conditions agroécologiques mais avec 2 degrés de plus. Le projet CALESA développe des stratégies d’adaptation, qui incluent choix des cultures, des techniques de travail du sol qui permettent une meilleure rétention de l’eau; le microdosage d’engrais; des techniques de semis. Lire l’article en anglais sur les “Jumeaux climatiques”
Une approche qui serait intéressante de disséminer ailleurs, dans le cadre des stratégies nationales d’adaptation au changement climatique.
D'après vous, quelles initiatives seraient les plus bénéfiques pour les populations vulnérables pour qu’elles puissant s’adapter au changement climatique ?
16:43 Publié dans développement durable, developpement international, Humanitaire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : changement climatique, calesa, sécheresse, icrisat, cgiar, cultures tolérantes à la sécheresse, mil, sorgho, conservation de l'eau, bhoo chetana, kothapally, résilience, diversification, bop, technologies appropriées, idei, jardin maraicher africain, agriculture pluviale, adaptation, reuters alertnet
07/04/2013
Bonne Alimentation = santé, des "nutri fermes" en Inde
Le Food Tank vient de célébrer la Journée Mondiale de la Santé en publiant un post soulignant le rôle important de l’alimentation pour lutter contre l’hypertension, en énumérant 9 stratégies pour créer des systèmes agricoles et alimentaires plus sains.
Il faut savoir en effet que l’hypertension est une maladie chronique de plus en plus répandue et pas seulement dans les pays riches. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) 1/3 des adultes ont de l’hypertension, et un adulte sur dix a un diabète. Les plus fortes proportions de personnes atteintes d’hypertension se trouvent maintenant dans plusieurs pays Africains, où plus de 40% des adultes seraient concernés, et où l’argent et les services de santé manquent pour traiter de ce mal.
La lutte contre la malnutrition dans les pays du Sud n’est pas qu’une affaire de quantité (nombre de calories alimentaires), trop peu ou trop. Il faut que l’alimentation apporte les bons nutriments, mais aussi oligoéléments, vitamines et un profil protéique équilibré (que tous les acides aminés essentiels soient présents).
Du point de vue des paysans du Sud, pour avoir une alimentation nutritive, deux remarques :
- Diversification = sécurité nutritionnelle et alimentaire. Or le passage d’une agriculture de subsistance, par nature diversifiée avec un peu de chaque type de cultures (céréales, légumineuses, fruits, tubercules, petit élevage,…) pour se prémunir des aléas climatiques notamment, à une agriculture focalisée sur une culture de rente (par exemple le coton en Inde), expose cette ferme à une insécurité alimentaire et nutritionnelle.
- Il faut remettre au goût du jour les cultures traditionnelles comme le mil, qui sont plus riches sur le plan nutritionnel que le blé ou le riz. Si on prend l’exemple de l’aide alimentaire en Inde (PDS pour Public Distribution System), c’est surtout le blé et le riz qui sont distribués. Or ces céréales n'apportent pas une nutrition complète. Le riz blanc poli par exemple n’est pas nutritif. Il manque quantité de vitamines, minéraux et acides aminés essentiels. Le mil qui est consommé traditionnellement par les populations pauvres est peu à peu délaissé. Pourtant le mil est une céréale nutritive, très riche notamment en fer.
Le mil éleusine par exemple est très riche en calcium, riche en fer et fibres alimentaires et a un meilleur profil énergétique que les autres céréales, ce qui en fait une céréale idéale pour le sevrage des bébés, les femmes enceintes et celles qui allaitent. Il est d’ailleurs recommandé aussi pour les diabétiques et ceux qui sont intolérants au gluten.
Professeur Swaminathan, le père de la Révolution Verte en Inde, vante les mérites du mil, et recommande qu’il soit introduit dans le PDS. Il souligne d’ailleurs que la dénomination actuelle du mil comme « céréale brute » (coarse cereal en anglais) est plutôt péjorative et propose plutôt le terme de « nutri-céréale ».
D’ailleurs le mil fait aussi l’objet de biofortification via le programme Harvestplus pour lutter contre l’anémie. Et le gouvernement Indien vient de lancer un projet pilote ambitieux de « nutri fermes » qui cultiveront des cultures biofortifiées.
Promouvoir ces céréales qui en plus sont économes en eau est aussi stratégique quand on sait que les ressources en eau se raréfient. Comme ces femmes en Andhra Pradesh (voir photo) qui ont remplacé la culture du riz par le mil.
21/03/2013
Quelles stratégies pour réduire les gaspillages en eau
Le 22 mars 2013, c'est le 20ème anniversaire de la Journée Mondiale de l’Eau.
Comme l’explique le Food Tank, initiative de Danielle Nierenberg (ex directrice de Nourishing the Planet/World Watch Institute) et Ellen Gustafson, l’eau se raréfie et la pression monte entre les différents usagers.
Même si il y a 1,4 milliards de kilomètres cube d’eau sur terre, seul 0,001% de cette eau est accessible à l’homme. Et 70% de cette eau disponible est utilisée par l’agriculture en moyenne.
Avec les sécheresses récentes à répétition, un climat qui se réchauffe, la croissance démographique continue, et les besoins croissants pour nourrir cette population supplémentaire, qui plus est s’urbanise, s’industrialise et donc consomme plus par tête, il y a urgence pour sauvegarder les ressources en eau.
On comprend donc le choix du thème de cette année : la coopération autour de l’eau. Car une gestion durable, équitable de l’eau commence par mettre autour de la table les différentes parties. Coopération entre pays, coopération entre les différents secteurs d’activité, coopération au niveau communautaire pour comprendre ensemble les enjeux de l’eau et les compromis que chacun doit faire.
Il devient aussi crucial de développer des systèmes innovants d’économie d’eau, notamment dans le secteur agricole premier usager de l’eau. Le Food Tank recense 7 stratégies pour réduire les gaspillages en eau dans nos systèmes alimentaires actuels.
1. Manger moins de viande
D’après Sandra Postel du Global Water Policy Project, il faut environ 3000 litres d’eau pour répondre aux besoins alimentaires moyens journaliers d’une personne, soit environ un litre par calorie. Mais suivant ce qu’on mange, on a besoin de plus ou moins d’eau. Et la viande est ce qui a besoin de plus d’eau. Il faut entre 13000 et 43000 litres d’eau pour faire un kilo de viande rouge. Un kilo de volaille représente 3500 litres d’eau. Un kilo de porc, 6000 litres. Si on devient végétarien pour un jour ou deux, on aide à la conservation des ressources en eau. Ce raisonnement de l’eau virtuelle (quantité d’eau qu’il a fallu pour produire tel ou tel produit agricole) a été bien décrite par Orsenna dans son livre l’avenir de l’eau.
2. Utiliser l’interculture, l’agroforesterie et les couverts végétaux
Comme je l’avais déjà décrit dans l’initiative Bhoo Chetana dans l’Etat du Karnataka, ou le modèle de gestion communautaire de l’eau de Kothapally en Andhra Pradesh, la santé du sol est importante pour une bonne conservation des ressources en eau.
Ainsi une étude publiée en mai 2011 par ICRISAT et le Centre de Résilience de Stockholm a démontré que le modèle de gestion de l’eau de Kothapally a permis de diminuer le ruissellement de moitié par rapport à avant l’intervention et la recharge de la nappe phréatique avait augmenté de plus de 200%.
Interculture légumineuse-céréale, agroforesterie (allier cultures annuelles et arbres fruitiers), et de manière générale diversifier les cultures et éviter un sol nu permet de ne pas épuiser le sol, de limiter le ruissellement et l’érosion.
3. Améliorer l’efficacité de l’irrigation et populariser encore plus la micro-irrigation
D’après le Food Tank, environ 60% de l’eau utilisée en irrigation est gaspillé. Le goutte-à-goutte (sur la photo un paysan de Karnataka, Inde montre le microtube dans un champ de bananiers) consiste à arroser au niveau des racines des plantes en micro quantité de manière continue. Cela peut être plus cher à l’installation mais c’est beaucoup plus efficace, ça économise aussi de l’engrais, et les rendements sont meilleurs.
Des organisations comme IDEI ont développé des kits de microirrigation pas chers et adaptés aux petites parcelles des paysans pauvres du Sud.
Encore plus fort dans l’économie d’eau, un innovateur Tunisien Chahbani a créé le " diffuseur goutte-à-goutte enterré" qui utilise 2 fois moins d'eau que le goutte à goutte classique pour produire un même poids de fruit. Etant enterré, l’évaporation est réduite. C’est donc particulièrement adapté pour les régions arides.
4. Améliorer la récolte de l’eau de pluie
Depuis les années 1980s, les paysans au Burkina Faso par exemple ont modifié leur technique traditionnelle de culture en zaï (cuvette de plantation), en les creusant plus profonds et plus larges, et en ajoutant de la matière organique au fond. Les cuvettes retiennent l’eau de pluie plus longtemps, et cela aide les paysans à augmenter leurs rendements même les années de faible pluie. ICRISAT travaille avec ses partenaires en Afrique de l’Ouest, comme au Mali ou au Niger, pour populariser cette technique alliée à l’agroforesterie, un choix approprié de légumes et autres cultures pour réhabiliter des terres incultes [relire le post améliorer l’accès à la terre pour les femmes au Sahel]
En Inde aussi, différentes structures de collecte et conservation d'eau sont mises en place comme ce barrage (photo ci contre dans le district d'Hassan, Karnataka) qui stoppe les eaux de ruissellement pour améliorer l'infiltration dans le sol. Ceci permet la recharge de la nappe phréatique, ce qui bénéficie aux zones agricoles en aval. De telles installations nécessitent un effort collectif.
5. Utilisation de la téléphonie mobile pour économiser l’eau
Santosh Ostwal entrepreneur Indien a développé une application mobile le Nanoganesh qui permet aux paysans d’allumer ou stopper leur système d’irrigation à distance. Cela permet des économies d’eau et d’électricité quand le paysan constate que les champs sont déjà saturés en eau. Je rajouterai dans cette catégorie le water impact calculator mis en place par ICRISAT qui informe de façon simple le paysan quels sont les besoins optimum d’irrigation selon la culture, la zone agroclimatique etc… En gros un paysan bien formé, informé et connecté sera plus à même d’économiser l’eau.
6. Planter des cultures pérennes
à rapprocher du point 2. Les plantes pérennes protègent mieux le sol que les plantes annuelles, ce qui réduit les pertes d’eau par ruissellement. D’après le Land Institute les cultures annuelles peuvent perdre plus de 5 fois d’eau et 35 fois plus de nitrates que les plantes pérennes.
7. Pratiquer l’agriculture de conservation
Même idée derrière : éviter les sols nus, et éviter les perturbations du sol, en pratiquant le non labour. Cela améliore la capacité de rétention du sol, ainsi que l’efficacité d’absorption de l’eau par les plantes.
ICRISAT vient justement d'évaluer l'impact de l'application de l'agriculture de conservation au Zimbabwe (voir le brief présenté pour l'Initiative Européenne pour la Recherche Agricole pour le Développement). Les gains de rendement pour les 300 000 familles touchées allaient de +15% à un doublement de la récolte; cela a permis aussi de renforcer la résilience face à un climat variable.
A cette liste de 7 stratégies, je rajouterais pour compléter le point 1, que le raisonnement vaut aussi pour le choix de cultures plus économes en eau. Remplacer par exemple le riz par du mil permettrait de faire beaucoup d’économie en eau. Cela implique des choix de politiques mais aussi que les marchés agricoles incitent à cette reconversion. Cela peut être par exemple de sensibiliser les consommateurs à la valeur nutritionnelle du mil pour stimuler la demande. Lire par exemple mon article sur Reuters Millet for our bread in 2050?
Inciter le changement, prouver les bénéfices d'une agriculture économe en eau

Il y a une dimension importante à la problématique d'économie en eau: le prix de l’eau. Le point de départ serait sûrement là : on économise seulement quand ça nous coûte (il n’y a qu’à regarder quand le prix de l’essence augmente, le covoiturage se développe).
Pour être encouragé à lutter contre le gaspillage d'eau, le paysan doit récolter un bénéfice significatif de son effort d'économie d'eau, et ce rapidement.
Il sera plus facilement convaincu d'investir dans un goutte-à-goutte si on lui explique que cela peut améliorer en moyenne ses revenus de 33% comme le Programme Challenge sur l'Eau et l'Alimentation du CGIAR (CPWF) l'a démontré au Cambodge.
Changer des pratiques collectives qui auront un impact sur le plus long terme, comme passer à une agriculture de conservation, est plus délicat et le paiement pour services écosystémiques peut être un moyen d'encourager une communauté à basculer sur cette pratique agricole de non labour. Ainsi, comme l'explique le cas d'étude remarquable du bassin versant du lac Fuquene en Colombie, informer les paysans des bénéfices de l'agriculture de conservation ne suffit pas. Le fait que la plupart des paysans travaillent sur des terres en location ne les incitent notamment pas à améliorer le sol. C'est la mise en place d'un fond renouvelable qui puisse attribuer des crédits à taux très bas aux paysans qui a accéléré le changement des pratiques. Chaque crédit n'est accordé qu'après acceptation d'un plan d'utilisation des terres, qui soit bénéfique pour l'environnement (protéger la qualité et quantité d'eau du lac) et pour le paysan. Une situation gagnant - gagnant.
Mais comme le dit l'excellent blog d'Alain Vidal / CPWF Outcomes are nice, but what about measuring them? c'est par un travail en partenariat entre différents acteurs de l'eau et du développement agricole qu'on arrivera à un "océan de changement". On pourra commencer par s'inspirer des "îles de succès" comme ces histoires d'impact joliment présentées grâce au soutien du FIDA pour capitaliser l'expérience de 68 projets du CPWF dans 10 bassins versants du Gange aux Andes en passant par l'Afrique du Sud ou l'Ouganda.
Et vous, voyez vous d'autres façons d'avoir une agriculture plus économe en eau?
10:09 Publié dans développement durable, developpement international, Entrepreneuriat social | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eau, journée mondiale de l'eau, icrisat, économie en eau, food tank, microirrigation, conservation de l'eau, cgiar, challenge program on water and food, ifad



