06/03/2012

Une petite pluie pourrait nourrir plus de monde !

Eau, agriculture et sécurité alimentaire

eau,eau bleue,eau verte,sécurité alimentaire,eau virtuelle,agriculture pluviale,forum mondial de l'eau,icrisat,icardaNotre pain, notre viande, le lait de nos céréales du matin, ou du porridge à la banane de mes enfants, nous avons besoin de beaucoup d’eau pour toute notre nourriture.

Plus ou moins selon les aliments mais beaucoup plus que nos 1,5 litres d’eau à boire au quotidien.

L’agriculture est l’utilisateur principal d’eau, environ 70% des usages mais beaucoup plus dans certaines régions du monde.

Et si nous achetons des tomates du Maroc, c’est de l’eau virtuelle que nous importons d’un pays qui déjà en manque. {Une eau qui est d’ailleurs sous-payée mais c’est un autre sujet.}

Avec la population mondiale qui croit (déjà plus de 7 milliards sur terre de buveurs d’eau),  la disponibilité en eau par habitant diminue dramatiquement.

Par exemple, en Inde, la quantité d’eau disponible par habitant est passée de 5177 m3 en 1951 (pour 361 millions d’habitants) à 1820 m3 en 2001. Elle sera de 1140 m3 en 2050 avec une population estimée à 1,64 milliard. 

Il y a une corrélation forte entre pauvreté, faim et le manque d’eau. Le Projet des Nations Unies de Développement du Millénaire a identifié les pays/régions souffrant le plus de malnutrition. Ces régions coïncident avec les écosystèmes semi-arides, steppes et savanes, où l’agriculture pluviale est la principale source de nourriture, et où l’eau constitue le facteur limitant majeur de la croissance des plantes.

La FAO pense qu’il faudra au minimum augmenter de 70% la production pour nourrir les 9 milliards et quelque en 2050. Mais, dans un monde déjà en crise alimentaire, booster la production agricole d’autant va accentuer la crise de l’eau actuelle.

Un des enjeux urgents de notre humanité va être d’augmenter la productivité de l’eau. Comment produire plus de céréales, de lait, de bananes avec moins d’eau ? {Je ne parle pas des changements de consommation, autre vaste programme}

Mais de quelle eau on parle ?

Une affaire de couleurs

Quand j’ai assisté au dernier Forum de l’eau il y a 3 ans à Istanbul, j’ai découvert que l’eau c’était une affaire de couleurs. Les experts parlent d’eau bleue (l’irrigation), d’eau verte (l’eau de pluie captée par le sol et disponible pour les plantes), d’eau grise (l’eau polluée, retraitée, recyclée).

On parle beaucoup de l’eau bleue. C’est  la technologie, cette eau que l’on pompe, stocke, tuyaute et distribue via une plomberie complexe. L’eau bleue, c’est ce qui permet de s’affranchir du climat, l’eau bleue c’est un des piliers de la révolution agricole.

L’eau grise, c’est le problème de notre urbanisme et notre affairisme industrieux effréné mais aussi grâce à la technologie du retraitement des eaux usées, c’est un gisement d’eau qui peut être réutilisé moyennant quelques précautions.

eau,eau bleue,eau verte,sécurité alimentaire,eau virtuelle,agriculture pluviale,forum mondial de l'eau,icrisat,icardaL’eau verte, cela semble arriéré, si erratique, l’anti-modernisme, la vulnérabilité face aux aléas climatiques, la non-technologie, horreur. Et pourtant !

Pourtant, l’agriculture pluviale, c’est-à-dire l’agriculture qui dépend de la venue de la pluie, de la mousson, de cette eau verte,  concerne 80% des terres cultivées (1,2 milliard d’hectares) et 85% de l’usage agricole de l’eau.

Son importance varie entre régions : au Sahel c’est plus de 95%; près de 90% en Amérique Latine; environ 60% en Asie du Sud; 75% en Afrique du Nord.

L’eau verte représente donc pour la majorité de la population mondiale, et des paysans du monde, beaucoup plus que l’eau bleue. Souvent des régions agricoles pauvres.

Les caractéristiques et challenges de l’agriculture pluviale dans les tropiques semi-arides

Les pluies sont concentrées lors d’une très courte saison (entre 3 et 5 mois), en quelques pluies intenses, impossibles à prévoir et une variabilité entre chaque année importante (une variation jusqu’à 40% dans les régions semi-arides). En gros, il pleut peu (300-500 mm par an, moins de la moitié de chez nous) mais quand il pleut, c’est des inondations et glissement de terrain suivi de longues périodes de sécheresse.

eau,eau bleue,eau verte,sécurité alimentaire,eau virtuelle,agriculture pluviale,forum mondial de l'eau,icrisat,icardaLes paysans se sont habitués tant bien que mal à cet environnement hostile et imprévisible.

Ils cherchent à limiter le risque, et donc ne sont pas encouragés à investir. L’utilisation de leur temps, l’achat d’engrais ou semences améliorées, tout cela peut être anéanti si les pluies ne viennent pas à temps, ou sont trop fortes.

Ces paysans savent les effets de la pénurie d’eau et les différents types de sols qui peuvent plus ou moins retenir l’eau. Ils ont un choix limité de cultures.

La conduite du changement est donc un vrai challenge.

Pourtant des solutions existent.

La quantité d’eau verte disponible n’est pas inéluctable, elle ne dépend pas uniquement du bon vouloir du ciel. Nous pouvons améliorer son utilisation avant qu’elle ne ruisselle et ne soit perdue.

Une bonne gestion de l’eau en agriculture ne consiste donc pas seulement à investir dans des équipements hyper sophistiqués de goutte-à-goutte, de pompage (et donc d’engendrer des problèmes d’énergie) mais à promouvoir des pratiques locales de collecte et de conservation de l’eau pluviale dans ces zones agricoles considérées sous-développées.

L’avenir pourrait donc être l’eau verte ! Comment générer plus d’eau verte, comment exploiter le potentiel négligé par les politiques agricoles, par les bailleurs, de ces terres pratiquant une agriculture pluviale ?

C’est la thématique de la session « Une petite pluie qui peut aller loin pour nourrir plus de gens » qui aura lieu le 15 mars au Forum de l’Eau à Marseille et animée par ICRISAT et ICARDA, deux centres de recherche agricole internationale du CGIAR.

Une discussion qui fait partie de l’objectif 2.2 « contribuer à la sécurité alimentaire en favorisant un usage optimal de l’eau » et plus précisément la cible 2.2.1. « augmenter la productivité de l’agriculture pluviale de 25% en Afrique et de 15% en Asie en 2020, par rapport à la situation de  2005 – 2007 ».

Je présenterais dans les prochains posts quelques-unes de ces solutions développées lors d’expériences d’ICRISAT  et ses partenaires auprès de communautés rurales en Inde.

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