07/06/2012
Histoire Malienne
La première femme à la tête d’une entreprise semencière au Mali démontre comment des partenariats internationaux peuvent apporter des solutions a la crise alimentaire au Sahel.
Coup de projecteur sur le projet WASA Seed (West Africa Seed Alliance) qui vise à développer la filière semence privée en Afrique de l'Ouest, avec notamment le portrait de Madame Coulibaly au Mali qui a créé sa compagnie semencière, Faso Kaba. Texte et photos, Alina Paul, Mars 2012.
L'objectif affiché de WASA: Faciliter l'accès aux variétés améliorées pour l'agriculture familiale Africaine pour augmenter les récoltes. Améliorées veut dire des variétés sélectionnées pour des qualités spécifiques, comme par exemple la résistance à des maladies, et pour leur rendement.
Tests culinaires de nouvelles semences
« Denbagnouma veut dire la bonne mère. C’est le nom que nous avons donné à cette nouvelle variété d’arachide car elles nourrissent bien. Et parce qu’elles sont très riches en protéines et en huile. Frottez juste un peu la peau des cacahouètes et vous verrez comment elles sont si huileuses. »
Madame Coulibaly parle d’arachide avec réelle passion. Pas étonnant qu’elle soit la première femme au Mali à avoir créer une entreprise semencière florissante.
A une heure de route de Bamako, la capitale du Mali, où Coulibaly a ouvert son premier magasin, un groupe de femmes attend de tester différent plats de variétés qu’elle diffuse. Trois variétés de semences de sorgho sont présentées dans de vieilles conserves de concentré de tomates. Des bassines de bouillie et couscous de sorgho, couverts de sauce d’arachide sont disposées près des semences.
Toutes ces femmes goûtent et discutent avec entrain de la qualité de chaque variété – pas seulement le goût des graines et les savoureux plats de porridge ou sauces qu’elles font avec, mais aussi les conditions de culture, la parcimonie d’arrosage, la précocité de récolte et autres qualités agricoles des variétés testées.
La discussion est animée et vous comprenez d’où vient l’obsession de Madame Coulibaly pour ses semences.
Après manger, les femmes emmaillotent leurs bébés sur leur dos et commencent à chanter et danser autour des conserves de semences. La mélopée accompagnée du tintement des capsules de sodas autour de la ceinture et des maracasses faites de gourdes évidées et de coquillages parle de récoltes abondantes et des flaveurs savoureuses.
« C’est pourquoi je sais que les choses vont changer », Madame Coulibaly crie au-dessus des chants. “Quand les semences sont bonnes, les récolte sont assurées. Mais les gens doivent aimer le goût des variétés pour les acheter sur les marches. Quand nous faisons des assemblées du goût comme celle-là, nous voyons ce qui marche. Regardez cette bassine, elle est quasi vide. Elles ont adoré la bouillie de sorgho et la sauce d’arachide Denbagnouma.” Madame Coulibaly travaille avec ICRISAT pour diffuser des variétés de sorgho, arachide et autres cultures adaptées au Sahel, tolérantes à la sécheresse et à haut rendement, variétés qui s’avèrent populaires dans les communautés rurales.
Difficile d'être paysan au Mali, un pays déchiré et frappé par la sécheresse. Alors que dire pour les femmes.
Le travail de Madame Coulibaly n’est pas toujours si simple. Coulibaly voudrait voir plus de femmes impliquées dans le secteur agricole. En 2009, elle a distribué la variété d’arachide à un groupe de femmes dans un village pour multiplier des semences, pour pouvoir leur racheter quelques mois plus tard. Mais quand elle est revenue, les femmes n’avaient rien fait pousser. Parce qu’elles n’avaient pas leurs propres terres. L’année suivante, elle a alors organise une réunion avec les hommes du village et leurs familles pour obtenir que les femmes aient leur lopin de terre pour produire des semences. Elle rachèterait les semences de meilleure qualité et les femmes garderaient le reste pour leur consommation familiale, ou vendre sur les marches locaux. Les femmes ont maintenant accès à la terre et produisent des semences pour Coulibaly, ce qui leur assure une entrée d’argent appréciable. “Nous avons tellement d’obstacles au développement mais quelquefois nous trouverons le moyen de les contourner. C’est juste le début – nous avons besoin de faire tellement plus. »
Au Mali, 68% de la population est considérée pauvre. Principalement les familles en zone rurale, et les femmes en particulier sont vulnérables car elles ont un accès limité au capital, à la terre, à la formation. La petite agriculture familiale contribue à hauteur de plus de 90% de la production agricole Malienne. Au delà des incertitudes climatiques et des réalités démographiques et sociales, cette agriculture est en manque d’innovations pour améliorer leurs récoltes et revenus. Travailler en partenariat semble aussi une évidence.
Le secteur privé peut-il aider à améliorer la sécurité alimentaire?
Durant la récente réunion du G8, Barack Obama a annoncé un nouveau partenariat mondial pour améliorer la sécurité alimentaire [appelé Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition qui regroupe 45 grands groupes agro-alimentaires], soulignant l’importance du secteur privé pour développer l’agriculture du Sud.
La réunion a réitéré les objectifs énoncés lors du sommet agricole du G20 de Juin 2011 d’améliorer la productivité agricole, la croissance économique, la sécurité alimentaire et la nutrition, tout en donnant la priorité aux femmes et a la petite agriculture familiale. Sachant que les femmes produisent jusqu'à 80% de la nourriture dans des pays comme le Mali, elles devraient effectivement être une cible prioritaire pour résoudre la crise alimentaire. Aider ces femmes a améliorer leur production agricole signifie aussi une meilleure alimentation pour leurs familles, et la nouvelle génération en particulier.
La sécheresse, et la crise alimentaire qui en découle en Afrique de l’Est, et maintenant dans la région Ouest du Sahel mobilisent un effort humanitaire encore insuffisant. Mais la communauté internationale doit aussi investir dans des solutions de long terme. Et cela doit impliquer aide publique au développement, institutions locales mais aussi le secteur privé. Les familles rurales pratiquant cette agriculture si vulnérable doivent être au centre de ce processus.
Coulibaly est un bon exemple du type de partenariat que le Président Obama mentionne. Elle fait la promotion de variétés productives comme le sorgho et l’arachide, adaptées au climat, aux besoins et gout des paysans locaux. Ces semences sont produites et conditionnées localement. En vendant ces semences en petits sachets sur les marchés locaux, ainsi que dans ses échoppes, elles sont abordables pour les paysannes pauvres. Madame Coulibaly travaille de façon étroite avec les fermiers en discutant des variétés et des techniques culturales sur des parcelles de démonstration, dans leurs champs, sur les marches et a la radio.
Son travail est facilité par un partenariat international. Elle travaille avec des entreprises étrangères, elle reçoit aussi une assistance de la part de bailleurs comme la fondation Gates (via AGRA) et la coopération Américaine (qui finance le projet WASA), et des conseils techniques avec des instituts de recherche agricole comme ICRISAT, centre du CGIAR spécialisé dans l’amélioration de l’agriculture en zone semi-aride dans tout le Sahel ; et l’Institut d’Economie Rurale, institution Malienne reconnue .
Travailler au Mali n'est pas évident, dans un pays déchiré politiquement et frappé par une sécheresse durable. Mais Madame Coulibaly reste motivée, croyant fort au potentiel des paysans Maliens à surmonter les difficultés. Comprendre leur réalité et répondre à leurs besoins est un de ses leitmotiv. Elle résume sa vision, “Le paysan et en particulier la femme doit être au cœur de notre travail si nous voulons faire une différence durable”.
Ne pas oublier de parler des femmes pour la question de sécurité alimentaire à Rio+20
L'histoire de Coulibaly est aussi un coup de projecteur sur le rôle essentiel des femmes pour améliorer la sécurité alimentaire, car elles représentent plus de la moitié de la force vive du secteur agricole; portion encore plus forte dans les pays du Sud.
Un aspect de la question agricole qui devrait être débattu à Rio+20, notamment lors de la journée agricole le 18 Juin qui va débattre d'une position commune sur le dossier d'une agriculture durable et équitable. Avec la présence de Ms Mary Robinson, Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l'Homme qui a n'en pas douter va soulever la question de l'accès inégal aux ressources et à la terre, en particulier pour les femmes.
Présence aussi de Frank Rijsbermann le nouveau CEO du consortium CGIAR pour débattre du rôle de la science et de l'innovation agricole comme moteur du développement durable.
Retrouvez la version originale du portrait de Mme Coulibaly sur le blog de la fondation Gates http://www.impatientoptimists.org/Posts/2012/06/Malis-First-Woman-Seed-Entrepreneur-Helps-Improve-Food-Security
14:22 Publié dans developpement international, Entrepreneuriat social | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mali, wasa, icrisat, semence, arachide, agriculture, rio+20, femme, secteur privé, sécurité alimentaire, rio agriculture day 2012




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