15/08/2012

Plus de nourriture par arpent de terre : la double culture riz-pois chiche

Importance des légumes secs en Inde

riz,pois chiche,sécurité alimentaire,inde,légumineuses,légumes secs,productivité agricole,icrisat,icar,zones rizicoles pluviales,jachère,développement agricole,mission nationale sur la sécurité alimentaireLe pois chiche est le légume sec le plus important en tonnage en Inde, plus de 70% de la production totale de légumineuses à grain. Source protéique la moins chère, le chana  est souvent présent dans les repas quotidiens indiens, en soupe épicée (chana dal), grillé etc… L’Inde est d’ailleurs le premier producteur mondial de pois chiche mais ce n’est pas suffisant pour ses besoins croissants et elle doit importer jusqu’à 1,5 million de tonnes par an pour satisfaire la demande domestique. La disponibilité par habitant en légumes secs, « la viande du pauvre » (du fait de leur richesse en protéines importantes pour la croissance), a ainsi diminué de 60 grammes/jour en 1950 à 32,6 g/jour en 2006. Ce déficit croissant devient une préoccupation importante du gouvernement de Dehli en terme de sécurité et souveraineté alimentaire et des moyens importants ont été mobilisés, à travers la Directive Sécurité Alimentaire (Food Security Bill) et la Mission Nationale sur la Sécurité Alimentaire, pour combler ce déficit.

Mais comment faire quand les nouvelles terres arables disponibles se font rares et que les rendements de ces cultures sont très bas et plafonnent du fait notamment du manque de ressources des petits agriculteurs, qui représentent la majorité des fermes indiennes (la taille moyenne des fermes en Inde est de 1,3 hectare et diminue chaque année – éclatement du foncier de génération en génération)

Semer du pois après la récolte de riz, un enjeu de sécurité alimentaire pour des millions de fermes

Une des pistes prometteuses explorées par ICRISAT et l’ICAR (le Comité de Recherche Agronomique Indien) est la double culture sur les 12 millions d’hectares de terres rizicoles pluviales dans le Centre et l’Est de l’Inde. Des terres où actuellement les paysans laissent les terres en jachère après la récolte rizicole, où font pousser des variétés locales de pois chiche avec de très faibles récoltes.  Il s’agit donc d’augmenter le potentiel d’une région agricole en augmentant l’intensité culturale (cropping intensity en anglais), c’est-à-dire passer d’une à 2, voire 3 cultures par an sur la même parcelle, au lieu de laisser en jachère (sol non cultivé) en attendant la prochaine saison des pluies.  

Pourquoi le pois chiche? C’est une plante qui tolère la sécheresse, qui n’a pas besoin de beaucoup d’engrais (étant légumineuse elle fixe l’azote de l’air au niveau des racines) et peut utiliser de façon optimal l’humidité résiduelle du sol après récolte du riz. En plus il y a un marché et il peut donc dégager des revenus non négligeables aux paysans.

Une conduite de changement menée avec et par des paysans

Comment amener le changement ? Depuis 3-4 ans, ICRISAT et ICAR font La promotion de variétés précoces (qui ont besoin de 70 jours de culture au lieu de 110 jours), qui pourront utiliser cette humidité résiduelle après la récolte de riz, des variétés améliorées résistantes aux maladies. Le volet formation comprend un ensemble de techniques appropriées pour la culture du pois chiche (Improved Pulse Production and Protection Technology ou IPPPT en anglais), comme par exemple développer des machines pas chères pour pratiquer le semis direct, pratiquer la lutte intégrée des maladies du pois chiche, comment produire des semences, etc.

riz,pois chiche,sécurité alimentaire,inde,légumineuses,légumes secs,productivité agricole,icrisat,icar,zones rizicoles pluviales,jachère,développement agricole,mission nationale sur la sécurité alimentaireICRISAT prône une approche scientifique, conduite avec et par les paysans. Leur permettre de tester dans leurs champs différentes variétés; de disséminer ces variétés par la multiplication villageoise des semences ;  tout en informant les paysans des différents choix techniques disponibles (travail du sol, fertilisation, semis, récolte…) pour que les fermes puissent faire des choix informés appropriés.

En impliquant une dizaine ou vingtaine de paysans dans 5-6 villages dans chaque district et en organisant des visites sur le terrain, ces fermes pilotes comme ici sur la photo deviennent des lieux de démonstration de l’intérêt de pratiquer la double culture. Depuis 2008, environ 7000 paysans ont été formés et au moins 15000 autres ont adopté ce changement de conduite culturale après avoir vu l’impact sur les fermes des premiers innovateurs.  

Un potentiel important mais des questions à creuser

Les premiers chiffres d’impact démontrent l’intérêt de la démarche pour une adoption à plus grande échelle : 82% des paysans formés ont adopté cette double culture pois chiche – riz. L’IPPPT nécessite 48 jours x hommes mais dégage un revenu de 9600 roupies/ha contre 4760 avec les pratiques locales. 1 dollar investi apportait deux dollars en revenus.

Sur le papier encourager la double culture riz - pois chiche sur ces zones rizicoles pluviales semble très prometteur,  mais il y a des contraintes à étudier de près : les paysans sont-ils capables d’absorber les charges de travail supplémentaires et à quel prix ? Comment va évoluer la structure et fertilité du sol ? Comment mettre à disposition semences et intrants à ces petites fermes souvent sans ressources et isolées ? Quelle irrigation serait performante et abordable pour améliorer les rendements ? Les résultats par ailleurs dépendent aussi de la qualité des sols.

Dans les prochains mois, une seconde phase du projet creusera ces questions pour une adoption plus large avec à la clé peut-être une augmentation importante de la production et de la sécurité alimentaire dans ces zones agricoles défavorisées. D’autres pays d’Asie pourraient bénéficier de cette expérience ayant des environnements agraires semblables. 

Commentaires

je partage cette actu sur Tumblr puisque c'est véritablement un site étonnant

Écrit par : assurance auto | 29/08/2012

Les commentaires sont fermés.