30/01/2013

Le génome du pois chiche décrypté : impact attendu dans les fermes et assiettes pauvres d'Asie et d'Afrique.

Une équipe internationale de chercheurs agronomes d’Asie, Europe, Australie et Amérique du Nord, menée par l’Institut International ICRISAT a annoncé ce lundi dans le journal Nature Biotechnology le décodage du génome du pois chiche, une légumineuse très importante pour la nutrition des plus pauvres en Asie du Sud et région Méditerranéenne.

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Cette carte du génome du pois chiche devrait permettre aux cultivateurs du pois chiche de s’adapter plus facilement aux problèmes émergents du changement climatique comme un climat plus chaud, plus sec et l’apparition de nouvelles maladies. Les agronomes vont pouvoir en effet filtrer plus vite parmi les milliers de variétés locales répertoriées celles ayant les caractéristiques recherchées pour créer de nouvelles variétés améliorées, comme la résistance à la sécheresse et aux fortes températures, une plus grande précocité (apparition des premières fleurs à 90 jours au lieu de 120 jours) ou une résistance à tel insecte ou maladie.

David Bergvinson, responsable recherche et technologies à la Fondation Bill et Melinda Gates, un des financeurs de ce projet pense que cette avancée scientifique aidera en particulier l’agriculture du Sud “Mettre à disposition de la communauté scientifique mondiale la carte génomique du pois chiche est un pas important pour l’amélioration du pois chiche en utilisant les technologies du 21ème siècle pour une meilleure sécurité nutritionnelle de millions de pauvres qui dépendent de cette légumineuse. Nous attendons avec impatience de voir comment les agronomes des 5 continents vont exploiter cette nouvelle donnée pour augmenter les rendements du pois chiche tout en contrant les effets du changement climatique dans les pays du Sud”.

Une culture vivrière nutritive et agroécologique

Domestiquée dans la region Méditerranéenne depuis plus de 7000 ans, le pois chiche est une légumineuse alimentaire très importante, cultivée sur 11,5 millions d’hectares. L’Inde est le plus grand producteur, représentant 70 pour cent de la production mondiale, mais aussi le plus grand consommateur.

C’est une culture très nutritive, riche en protéine (deux à trois fois plus que les céréales), mais aussi en énergie, en vitamines et oligoéléments. C’est la source la plus importante de fibres alimentaires, essentielles pour le transit et une bonne alimentation.

Le pois chiche est un ingrédient essentiel de la cuisine Méditerranéenne et de l’Asie du Sud, cuisine de différentes façons comme le channa dal (une soupe épicée), des currys, en farine et fritures.

C’est en fait un aliment de base crucial pour la nutrition des familles pauvres. En Inde, la farine de pois grillé, appelée sattu, est le plat principal des travailleurs manuels tels que les porteurs doliwala une tribu de la région montagneuse Jharkhand, parce que ça relâche progressivement l’énergie et peu cher.

Le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unis explore actuellement une pâte à base de pois chiche prête à l’emploi pour combattre la malnutrition. Cette pâte nutritive a été distribuée après les inondations de l’Etat du Bihar et sous le nom de Wawa mum au Pakistan.

pois chiche,icrisat,génome,légumineuses,cgiar,nutrition,fertilité du sol,adaptation,changement climatiqueLe pois chiche est aussi une culture intéressante pour promouvoir une agriculture durable. Etant une légumineuse, il a la capacité de fixer l’azote atmosphérique sous forme soluble dans le sol [grâce à une association avec une bactérie au niveau de renflements des racines, les nodosités], fertilisant ainsi le sol.

Le pois chiche est souvent utilisé en interculture – intercaler un rang de pois entre des platebandes d’autres cultures - ou en rotation avec les céréales, augmentant ainsi les rendements de l’autre culture.

Grâce à un système racinaire dense et pivotant profond, le pois chiche peut supporter des épisodes de sécheresse en extrayant l’eau dans les couches profondes du sol. Il est souvent cultivé en seconde culture pour profiter de l’humidité résiduelle, par exemple après récolte du riz.

Pourtant, malgré ces qualités indéniables, le pois chiche est loin de son potentiel. Le rendement moyen est autour de 800 kg par hectare quand en conditions optimales on peut atteindre 2 tonnes/hectare.

M.S. Swaminathan, le père de la révolution verte Indienne, souligne que “malgré son importance pour la nutrition humaine et la vie de nombreux paysans, la recherche agronomique moderne sur le pois chiche a été plutôt limitée ».   

Comment ce bien public international peut faire la différence

Grâce à ce séquençage du génome, les chercheurs ont identifié 28.269 gènes qui font le pois chiche. En analysant le génome de 90 variétés (modernes, locales et espèces apparentées sauvages), des gènes candidats ont été identifiés pour la résistance aux maladies principales, la tolérance à la sécheresse et aux fortes chaleurs et la forte précocité. Ce dernier caractère est important car il permet à la plante de grandir plus vite et donc d’être récoltée avant que l’eau ne manque. Ces données génétiques vont aider les agronomes à développer des variétés plus résilientes pour s’adapter à des climats plus chauds et plus secs.

pois chiche,icrisat,génome,légumineuses,cgiar,nutrition,fertilité du sol,adaptation,changement climatiqueAvant, les sélectionneurs du pois chiche avaient à disposition environ 2000 marqueurs génétiques pour chercher les caractéristiques essentielles. Maintenant, ils en ont plusieurs millions grâce à cette carte génomique qui est accessible à tous sans restrictions de propriété intellectuelle, ce qui va accélérer le travail de sélection.

“Avoir un accès libre au génome complet des cultures agricoles importantes telles que le pois chiche change rapidement le travail de nos chercheurs”, dit Frank Rijsberman, CEO du Consortium du CGIAR, un réseau international de centres de recherche agricole, incluant ICRISAT. « Ce décryptage du génome devient un outil essentiel du travail du CGIAR pour développer des variétés améliorées. »

Par exemple, les agronomes pourront mieux comprendre pourquoi certaines variétés de pois chiche survivent lors de sécheresses quand d’autres meurent.

Ou comment rendre le pois chiche plus résistant à des attaques de l’insecte foreur de gousse Helicoverpa armigera qui cause des pertes annuelles de 20 à 30 pour cent en Inde.  

“Ce séquençage génomique va réduire significativement le temps et le coût pour filtrer les “bons gènes” dans les collections de semences de variétés locales et des espèces sauvages apparentées. La recherche agronomique va être plus proactive face aux problèmes agricoles émergents liés au changement climatique comme des températures plus élevées ou des maladies nouvelles. » précise  Rajeev Varshney, coordinateur du projet.

« Cette cartographie du génome du pois chiche devrait permettre de diviser par deux le temps nécessaire pour développer une nouvelle variété, qui prend maintenant de 4 à 8 ans », rajoute Varshney.

William Dar, directeur général d’ICRISAT résume l’impact que pourrait avoir cette avancée scientifique. « Face à l’insécurité alimentaire mondiale croissante et la rareté des ressources naturelles, nous devons renforcer le double rôle des légumineuses et du pois chiche en particulier : la nutrition et la fertilité du sol. »

« Investir dans les technologies modernes d’amélioration variétale pour des cultures vivrières comme le pois chiche, importantes pour la petite agriculture familiale du Sud permettra de rendre cette culture plus productive et résiliente, ce qui bénéficiera à de nombreux paysans et consommateurs pauvres dans les pays en voie de développement. » conclue-t-il.  

Commentaires

Peut on cultiver le sorgho et le pois chiche au Cameroun dans la région ouest
Région où la saison des pluies durent plus de 7 mois ?
Cordialement Nathalie Paulin
Association Bafoussam Solidarite

Écrit par : Paulin Nathalie | 10/02/2013

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