04/06/2013

Bill Gates visite ICRISAT en Inde

 

investir dans les cultures « orphelines » et dans la recherche agricole de pointe est clé dans la lutte contre la faim.

Voilà ce qui ressort entre autres de la visite de Bill Gates ce jeudi 30 mai, à Hyderabad en Inde, à l'Institut International de Recherche sur les Cultures des Tropiques Semi-Arides (ICRISAT), membre du consortium CGIAR. 

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La Fondation Bill et Melinda Gates est devenue ces dernières années un acteur clé de l'aide au développement, notamment dans la lutte contre la faim.

Plus de soutien aux cultures dites mineures.

Il a beaucoup été question de l'importance d'investir dans les cultures sous-valorisées (certains parlent de « cultures orphelines ») et pourtant importantes pour la sécurité alimentaire des pays en voie de développement comme le sorgho, le mil, mais aussi les légumineuses comme l'arachide, le pois chiche, et le pois d'Angole.

gates,icrisat,phénomique,sélection des plantes,variétés améliorées,pois d'angole,mil,sorgho,adaptation,sécheresse,recherche agricole pour le développement,cgiar,pois chicheUn exemple intéressant est le pois d'Angole en Tanzanie, cultivé par exemple en intercultures avec le maïs. C’est une légumineuse multi usage cultivée sur 5 millions d’hectares qui peut pousser dans des conditions très arides et sur un sol très pauvre (par exemple sur les sols Sahéliens appauvris en phosphore), qui lors d’une sécheresse comme en 2011 au Kenya pouvait donner une récolte de grains riches en protéine alors que le maïs avait desséché. De plus, étant légumineuse, sa culture enrichit le sol en azote ce qui en fait une culture idéale de rotation ou d’interculture avec les céréales.

 La fondation Gates est actuellement le principal soutien financier d’ICRISAT et il finance notamment le programme de recherche « Légumineuses Tropicales » qui vise à augmenter la productivité d'au moins 20% des légumineuses en Afrique sub-saharienne et Asie du Sud par le développement de variétés améliorées, de meilleures pratiques agricoles et un renforcement des filières. 

[voir par exemple le cas d’étude de la révolution du pois chiche en Ethiopie http://www.thegatesnotes.com/~/media/Images/GatesNotes/Development/IFAD-Ag-Success-Stories/TL2_Profiles of Progress_R3.pdf]


Le sorgho et le mil sont pour leur part des céréales très importantes pour la sécurité alimentaire des millions de familles paysannes des régions arides. Comme l’a indiqué Vincent Vadez, chercheur à ICRISAT, spécialiste de la physiologie des plantes et notamment des mécanismes d’adaptation à la sécheresse, « au Sahel, là où la pluviométrie est inférieure à 800mm,  les paysans devraient oublier le maïs et être encouragés de cultiver des cultures plus économes en eau comme le sorgho et le mil, pour être plus résilients. »

 

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source: Vadez, 2013

 

Dans les faits, le maïs est la céréale qui se développe le plus rapidement en Afrique de l’Ouest ces dernières années (voir le graphique ci-dessous). Beaucoup de recherche va vers le développement de variétés de maïs plus résistants à la sécheresse, ce qui bien sûr peut potentiellement bénéficier à beaucoup de paysans mais il y a des barrières naturelles physiologiques difficiles à franchir. A l’opposé, les investissements en recherche pour améliorer les «  céréales des pauvres » que sont le sorgho et le mil sont bien moindres. Et pourtant ces céréales sont plus adaptées quand le climat devient plus aride, étant plus efficaces d’environ 30% à transformer l’eau en grains.

 

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Source : FAOSTAT

 

Une innovation « cool », la phénomique réponse au changement climatique ?

Bill Gates a aussi été impressionné par le travail de Vincent Vadez, chercheur Français travaillant à ICRISAT depuis 10 ans et spécialiste reconnu de la physiologie des plantes. Vincent travaille sur la compréhension des mécanismes de tolérance des plantes aux stress et notamment la sécheresse. Avec la fréquence de plus en plus grande des sécheresses dans les régions comme le Sahel ou l’Inde Centrale, pouvoir développer des variétés qui résistent à des épisodes de sécheresse est crucial pour une plus grande sécurité alimentaire et résilience des petits paysans, qui pratiquent encore en majorité l’agriculture pluviale (sans irrigation).

Beaucoup d’experts parlent des progrès en génétique, de la génomique, pour pouvoir créer ces nouvelles super variétés productives et résistantes à la sécheresse et aux autres stress. D’où cet effort par exemple pour séquencer le génome des cultures importantes pour la consommation humaine comme le pois chiche récemment.

Pourtant, la méthode traditionnelle d’amélioration des plantes, en observant et isolant les meilleurs spécimens selon les critères recherchés (par exemple, les plants de pois chiche qui fleurissent le plus tôt), ce que les chercheurs appellent phénotypage, reste valable. C’est ce procédé de sélection des plantes que les paysans ont toujours appliqué depuis la nuit des temps.

Grâce aux progrès dans l'informatique, l'imagerie 3D et autres innovations, cette bonne vieille méthode fait des progrès considérables ces dernières années, en réduisant les besoins de main d'oeuvre tout en surmultipliant les capacités d'enregistrement des données d'observation. Faisant le pendant à la génomique, la phénomique consiste en effet à mesurer sur chaque individu d’une population de plants des caractéristiques clé (comme la surface des feuilles à J+20, la hauteur de l’épi, la  grandeur du système racinaire etc) en fonction des conditions de culture de la plante (humidité, température, ensoleillement,…).

gates,icrisat,phénomique,sélection des plantes,variétés améliorées,pois d'angole,mil,sorgho,adaptation,sécheresse,recherche agricole pour le développement,cgiar,pois chicheVincent, un des innovateurs de la phénomique, a inventé un système judicieux de « mini-champs expérimentaux » ou lysimètres, pour des mesures plus précises et une recherche plus rapide.

Les lysimètres sont des pots cylindriques en PVC de 1,2 ou 2,0 mètres de profondeur, pour reproduire le profil de sol caractéristique de la région étudiée, comme un sol Sahélien. Avec un plant par pot, les lysimètres sont disposés en mini-champs de 2800 plants. Ce système permet de mesurer par exemple l’extraction par la plante de l’eau à différents stades de croissance, du semis à la floraison et production du grain.

Vincent a de plus récemment installé un scanner, une technologie adaptée à la logistique de la grande distribution, qui lui permet de mesurer de façon automatique et rapide les différents paramètres des plantes (surface foliaire, hauteur, ...).

Cette installation permet de reproduire des conditions d’essais en champ, tout en contrôlant au mieux les paramètres comme en laboratoire, ce qui va permettre une accélération de la recherche vers une plus grande efficacité en eau des plantes (plus de grains par goutte d’eau), et donc la création de variétés plus adaptées à la sécheresse.

 gates,icrisat,phénomique,sélection des plantes,variétés améliorées,pois d'angole,mil,sorgho,adaptation,sécheresse,recherche agricole pour le développement,cgiar,pois chicheGrâce aux premiers résultats, Vincent a pu valider l’hypothèse que chaque plante a sa capacité propre à réguler ou non son évapotranspiration (la quantité d’eau qui s’évapore de ses tissus foliaires) dans des conditions extrêmes d’aridité, et il a pu mesurer avec précision les effets à terme sur la croissance de la plante et sur les rendements en graines.

 

Sur le graphe ci-contre (ref: Kholova, 2010), l’écart entre les deux courbes montre l’économie (ou efficacité) en eau entre deux variétés de mil perlé, l’une étant plus tolérante à la sécheresse terminale (entre la floraison et la production de grain), car elle est capable de restreindre la transpiration quand la demande évaporative est trop élevée.

 

 

Cette technologie expérimentale de mini-champ de lysimètres a été qualifiée de « cool » par Bill Gates. Venant du créateur de la révolution informatique Windows, c’est un qualificatif qui a du poids, pour une innovation qui mérite d’être plus connue.


L’agriculteur a de tout temps cherché à améliorer les plantes qu’il cultive pour qu’elles soient plus productives, plus nutritives, moins sujettes aux maladies et s’adaptent bien au climat local. Développer des variétés améliorées et adaptées aux conditions de culture de chaque paysan, que ce soit en Europe ou au Sahel reste un des axes de développement de l’agriculture. Mais cela ne se résume pas à la recherche du gène responsable de la caractéristique recherchée (par exemple la tolérance à la sécheresse).

La phénomique version 2.0 de Vincent montre que les recettes classiques de sélection des cultures de demain ont aussi un avenir, pour une agriculture plus productive et résiliente. L'important étant que la technique soit au service des questions précises de recherche.

Pour en savoir plus sur la visite de Bill Gates voici sa note personnelle http://www.thegatesnotes.com/Topics/Development/Visiting-ICRISAT-Agricultural-Research-Center

Commentaires

Philantropie ou cheval de Troie de l'agrochimie?

En 2010), la revue en ligne Sauve la Terre, gazette des lanceurs d’alerte indiquait: "Créée en 1994, la fondation Bill et Melinda Gates gère un capital de 33,5 milliards de dollars. Ce pactole a été investi à hauteur de 23 millions de dollars dans l’achat de 500.000 actions de la firme agrochimique Monsanto."

Marie Véronique ROBIN dans son dernier bouquin/enquête " les moissons du futur" démontre la perversité de certaine aide pour lutter contre la faim dans le Monde, dont celle de la fondation suscitée!

Certains cadeaux sont littéralement empoisonnés... et font plus de mal que de bien.

Cela ne remet pas en cause l'invention des "lysimètres" qui n'induit pas des bidouillages génétiques mais qui facilitent l'observation et la sélection naturelle.

Écrit par : NARBEBURU didier | 06/06/2013

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